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Le 25/04/2021 a eu lieu une webconférence animée par le docteur Clément Paillusseau, docteur vétérinaire spécialisé en reptiles officiant à la clinique vétérinaire du village d’Auteuil avec le Dr Schiliger à Paris. Doit-on encore présenter le Dr Schiliger, vétérinaire spécialisé en reptiles et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet de la santé des reptiles ? N’hésitez pas à effectuer des recherches Google sur lui et à vous procurer ses ouvrages.

Le Dr Paillusseau faisait part durant cette conférence de son expérience sur l’obésité des reptiles en captivité, expérience obtenue par ses nombreuses consultations à la clinique et par ses voyages à l’étranger pour y observer des reptiles sauvages

Accepter que l’on ne sait rien sur le nourrissage adapté aux reptiles en captivité

L’introduction de la conférence a été un rappel essentiel : à l’heure actuelle, nous ne savons rien sur le nourrissage adapté à fournir aux reptiles en captivité.

Des études scientifiques ont tenté de définir des formules de calcul des apports énergétiques pour les reptiles. Toutefois, ces formules se heurtent à plusieurs problèmes.

Une activité physique variable

Les études ont tenté de mesurer les apports nécessaires pour qu’un reptile se maintienne à son poids idéal. Pour cela, elles ont mesuré les dépenses énergétiques d’un animal immobile maintenu au calme dans le noir. En effet, difficile d’évaluer les dépenses d’un reptile en activité, ceux-ci doivent être peu coopératifs face aux outils de mesure.

Cette méthode a permis d’obtenir des données, mais forcément incomplètes. Les données étaient au repos, à une température fixe. Quelles sont les dépenses lorsque l’animal est en activité ? Sur les Sauriens (lézards), le test a été fait de mesurer les dépenses à deux températures différentes : 30 et 37°. Les dépenses énergétiques étaient le double à 37° ! En effet, l’aspect poïkilotherme des reptiles pose un problème de calcul. Leurs dépenses sont différentes en fonction de la température à laquelle ils s’exposent, et celle-ci varie forcément au cours de la journée.

Il est intéressant de relever que les études ont tout de même permis de montrer que le coefficient de dépenses énergétique supplémentaire était de 2,5 pour les situations de stress ou de croissance, d’1,5 durant la gestation, et 1,25 pendant l’activité.

Chaque spécimen ayant une activité et des conditions de maintien différent, il est dès lors impossible d’estimer la quantité d’énergie dépensée par l’animal par jour, et donc la quantité d’alimentation idéale pour couvrir ces apports.

Des apports nutritionnels complexes à mesurer

Une autre problématique est d’estimer justement les apports nutritionnels de l’alimentation qui leur est donnée. Dans le cas des reptiles végétariens et frugivores, à qui l’on donne des fruits et légumes consommés par l’homme, il est possible d’évaluer ces apports. Mais pour les reptiles carnivores à qui l’on donne des proies spécifiques (insectes, rongeurs…), ces proies ne font l’objet d’aucune analyse nutritionnelle, puisqu’elles ne font pas partie de la consommation humaine. De plus, en fonction des fournisseurs, des méthodes de production, les différentes proies ont des valeurs nutritionnelles très différentes.

Par rapport à ces données nutritionnelles apportées par les proies, il faut encore évaluer la quantité métabolisable par l’animal, c’est-à-dire utilisée pour nourrir l’organisme. En effet, 100% de la composition d’un aliment n’est pas exploité par un organisme (d’où les excréments qui éliminent le reste notamment). Il est admis que les régimes carnivores sont mieux lotis que les autres, avec plus de 50% des composants qui sont assimilés par l’organisme.

En résumé, à l’heure actuelle, il est impossible d’estimer les dépenses énergétiques et les apports nutritionnels des reptiles, et donc d’en déduire une alimentation équilibrée à leur fournir.

Comment savoir si un reptile est gros ?

Ainsi, le seul moyen de savoir si un reptile est gros et donc si son alimentation est adaptée ou non, est de se fier à l’observation.

Pour cela, l’élément de comparaison ne doit pas être d’autres spécimens captifs, généralement sur-nourri également. Il est important d’avoir un référentiel de spécimens sauvages. Pour cela, des photos de spécimens observés dans la nature sont un bon repère. Vous pouvez ainsi consulter Google en indiquant le nom de l’espèce + « herping » ou « in natura », ou consulter des groupes ou sites d’herping et chercher par espèce.

Une fois que vous avez évalué quelle est la morphologie qui semble optimale pour l’espèce, le but est de l’atteindre en adaptant l’alimentation de votre animal. Une fois cette morphologie obtenue, vous pouvez peser votre reptile afin d’avoir une valeur de référence autour de laquelle vous allez graviter.

Il n’existe pas de poids idéal par espèce. Chaque spécimen est différent en termes de métabolisme, de taille, d’activité. Un poids idéal pour un spécimen pourra être trop bas ou trop haut pour un autre. C’est pourquoi il est impossible de donner des poids idéaux, et que l’observation est le seul modèle possible. Le poids est une donnée numérique qui permet d’avoir un repère pour son spécimen mais qui ne peut se suffire à lui-même.

Le métabolisme spécifique des reptiles et l’impact sur le traitement de la graisse

Les reptiles sont des animaux naturellement conçus pour s’adapter à des périodes de disette. Ils sont opportunistes et refusent rarement de la nourriture, ne sachant instinctivement quand ils auront à nouveau l’occasion de se nourrir. Ce reflexe naturel est conservé en captivité, et nous force, en tant que propriétaire, à choisir pour eux le meilleur moment pour distribuer de la nourriture. Si nous n’ajustons pas leur fréquence de nourrissage, ils vont très peu se réguler.

Ce contexte naturel explique la manière qu’ils ont de stocker la graisse, et qui diffère selon les types de reptiles.

Les sauriens par exemple n’ont pas de possibilité de stocker le gras sous la peau, il est ainsi accumulé par le foie.

Chez les Ophidiens, qui nous intéressent particulièrement en tant que propriétaires de reptiles, la graisse est stockée à différents endroits :

  • Dans le corps gras, qui est une réserve située dans le dernier tiers du corps, avant le cloaque,
  • Dans la zone de la tyroïde,
  • Lorsque les réserves précédentes sont pleines, en sous-cutanée (sous la peau).

Cela signifie que lorsque le gras commence à se voir sur un serpent, c’est que l’obésité est déjà très grave.

Les différentes pathologies liées à l’obésité

L’obésité peut donc provoquer différentes maladies, généralement mortelles ou nécessitant une chirurgie.

La Lipidose hépatique

Cette maladie est causée par un excès de gras dans le foie. En effet, c’est cet organe qui s’occupe principalement de filtrer et stocker le gras. Mais lorsqu’il est engorgé, il ne peut plus effectuer ses fonctions primaires de filtration du sang notamment. Quand cet organe ne fonctionne plus, cela dégrade donc l’ensemble de l’organisme.

La lipidose hépatique est causée par une alimentation trop riche. L’absence d’hivernation est un facteur aggravant puisque cette période permet de réguler l’organisme.

Les symptômes de la lipidose hépatique sont : faiblesse, léthargie, anorexie, ictère, accompagné parfois de troubles neurologiques.

La goutte nutritionnelle

La goutte nutritionnelle désigne un excès d’acide urique qui ne peut être éliminé par les reins, et qui s’accumule autour des organes. L’acide urique est habituellement éliminé dans l’urine, mais en cas d’excès, les reins peinent à l’éliminer et il s’accumule notamment autour des articulations.

La goutte nutritionnelle provoque alors des gonflements articulaires, des difficultés de déplacement, de l’anorexie et une léthargie. Cette goutte nutritionnelle est plus fréquente chez les sauriens.

Stase folliculaire

La stase folliculaire désigne les ovaires qui gonflent, mais qui n’ovulent pas. Cela provoque une compression au niveau de l’abdomen, avec possiblement un éclatement de ces follicules. C’est donc une maladie grave, qui ne peut être traitée que par chirurgie, en retirant ces follicules.

La stase folliculaire est plus courante chez les sauriens, et bien plus rare chez les ophidiens. Elle est favorisée par l’absence de reproduction, l’obésité et l’absence d’hivernation. Ces différents facteurs sont souvent tous présents dans les cas observés par le Dr Paillusseau.

Quelles actions mettre en place pour soigner une obésité ?

Votre Pantherophis guttatus est obèse ? Ou tout autre espèce de reptile ? Que faire pour les ramener à une morphologie plus saine ?

Bien que les reptiles soient naturellement adaptés à des périodes de jeune, il est contreproductif de mettre l’animal à la diète stricte en attendant qu’il revienne au poids voulu. Sachez qu’il faut autant de temps à l’animal pour retrouver son poids de forme qu’il n’en a fallu pour devenir obèse. Et l’obésité ne survient pas en quelques semaines. Pour ramener votre animal à une morphologie idéale, il faudra donc être patient.

Le Dr Paillusseau conseille donc de continuer à nourrir l’animal, mais avec des proies plus petites, à une fréquence moins élevée qu’auparavant. De même, l’hivernation est idéale pour reposer l’organisme et aider à retrouver un poids de forme. Bien sûr, elle s’applique aux espèces qui hivernent dans leur milieu d’origine, cela ne concerne pas 100% des espèces présentent en terrariophilie. Mais les Pantherophis guttatus hivernent dans leur milieu naturel, l’hivernation est donc fortement conseillée et très positive, elle n’est pas réservée aux projets de reproduction.

Comment éviter une obésité chez les reptiles ?

La très grande majorité des reptiles élevés en captivité sont en surpoids d’après l’expérience du Dr Paillusseau. Il vaut donc mieux nourrir moins que nourrir trop.

Céder à l’anthropomorphisme (transposer sur l’animal des pensées et comportements humains) notamment pousse souvent à trop nourrir, pensant que le reptile a faim à la moindre activité excessive.

En effet, il est important également d’être conscient que l’activité des reptiles en captivité est forcément moins intense que celle qu’ils ont dans la nature. C’est d’autant plus vrai pour les serpents, qui sont souvent présentés comme des animaux tapis, avec très peu d’activité physique en dehors des périodes de chasse.

C’est souvent une fausse idée. Dans la nature, leur territoire est bien plus important qu’un mètre carré. Et l’activité varie souvent d’un animal à l’autre.

Si je prends mon expérience personnelle, sur les 5 Pantherophis guttatus adultes qui vivent chez moi, 3 sont assez actifs durant toute la période du printemps à l’automne, dont 1 est à la limite de la suractivité, tournant très intensément dans le terrarium, notamment au printemps. De plus, nous ne sommes pas devant les terrariums 24h/24. Un serpent qui peut paraître casanier, peut en fait se déplacer beaucoup dès que la pièce est calme. Je considérais l’un de mes serpents, un peu gras d’ailleurs, comme vraiment peu actif, très peu visible. Et voilà qu’après sa première mue 2021, il est beaucoup plus actif et visible en journée. Est-ce un changement d’activité soudain, ou le fait qu’avec le télétravail, je puisse plus souvent voir ses déplacements ? Attention aux jugements attifs sur le mode de vie sur ces animaux.

Cette étude de suivi de populations de couleuvres helvétiques et vipérine en Suisse montre notamment des déplacements de couleuvre pouvant aller jusqu’à 1km en une semaine ! Bien que ce ne soit qu’un seul individu, les autres données montrent bien que ces animaux se déplacent.

Les enseignements à retenir pour le nourrissage des serpents des blés en captivité

En résumé, les reptiles, serpents inclus, sont souvent beaucoup trop nourris en captivité. Leur longévité est donc impactée, ainsi que leur santé. De nombreuses photos d’autopsies montrent des masses graisseuses massives, excessives, malgré un aspect extérieur qui ne le laisse pas présager.

Ajuster le nourrissage

Le Dr Paillusseau conseille donc de privilégier un nourrissage léger plutôt qu’un intensif. Il vaut mieux nourrir ce qui nous paraît peu que ce qui nous paraît normal. Les ouvrages parlant des serpents des blés ont souvent plusieurs années, et présentent des méthodes de nourrissage adaptées à un élevage professionnel ayant un but de reproduction. Les fréquences de nourrissage indiquées sont présentées dans un contexte où les animaux sont hivernés pour la reproduction et ont besoin de reprendre des forces suite à ces périodes d’effort.

Ainsi, la fréquence de nourrissage d’un Gutt adulte est généralement plus autour d’une souris tous les 15 jours à 3 semaines, qu’à une souris par semaine ou tous les 10 jours.

De même, une proie par repas est largement suffisant tant que celle-ci est de taille adaptée. Le Dr Paillusseau a d’ailleurs fait par d’une étude faite sur des boas juvéniles, et montrant que ceux nourris une fois par semaine d’une proie de taille adaptée grandissaient mieux que ceux nourris deux fois par semaine avec des proies plus petites.

Enfin, les souris adultes de 30 grammes suffisent pour les Gutt. Les rats sont inutiles ou doivent être donnés très occasionnellement. Un gutt nourri tous les 15 jours toute sa vie d’un rat finira forcément par développer une obésité morbide.

Accepter les refus de nourriture

De nombreuses personnes stressent lors d’un refus de prise de nourriture de leur serpent des blés. Pourtant, dans de nombreux cas, cela se présente sur des spécimens adultes, nourris fréquemment et non hivernés. Ce refus pourrait indiquer un excès, une régulation de l’animal. Un serpent qui a toujours bien mangé peut facilement jeuner plusieurs mois sans perdre de poids, il est donc inutile de s’inquiéter. De même, n’hésitez pas à faire louper des repas. Votre serpent ne vous en voudra pas si vous décalez un repas d’un jour ou d’une semaine. Les mues sont les moments idéaux pour faire une pause. Avant de décongeler vos souris, vérifiez que votre ou vos serpents ne soient pas en mue. S’ils le sont, nourrissez le ou les concernés la semaine d’après.

Favoriser l’activité des animaux

Enfin, les études citées plus haut montrent que l’activité physique est bien sûr une source de dépense énergétique pour votre animal. Plus il est actif, plus il pourra compenser la nourriture donnée. Bien sûr, nous n’avons pas la place de recréer chez nous un territoire naturel de plusieurs mètres carrés. Toutefois, en aménageant au mieux le terrarium, en créant des zones en hauteur et en apportant le maximum de sécurité à l’animal pour qu’il ait envie de s’y déplacer, on peut tenter de favoriser cette activité.

L’enrichissement pour les ophidiens est très peu étudié ou abordé en captivité. Ce serait pourtant une piste intéressante pour stimuler une activité physique. Si vous avez des rongeurs de compagnie (lapin par exemple), des poils frottés dans le terrarium et disséminés permettent au serpent de découvrir des odeurs et de s’occuper à « chasser ». Placer de nouveaux éléments de décor favorise également l’activité, en donnant de nouvelles odeurs à analyser. C’est encore plus efficace avec des éléments extérieurs naturels, plus riches en odeur qu’un élément synthétique.

L’hivernation n’est pas que pour la reproduction !

L’hivernation a un véritable intérêt pour la longévité et la bonne santé des Pantherophis guttatus. Cela fait partie de leur cycle naturel, et permet de compenser le sur-nourrissage dont l’on fait souvent preuve. Pourtant, elle est très peu pratiquée chez les propriétaires, même par ceux qui font des reproductions. Facilitée, manque d’informations sur son intérêt ou de documentation sur sa mise en œuvre ? Elle n’est pourtant pas si complexe que cela à effectuer. Un simple abaissement aux températures d’une pièce non chauffée pendant 2 mois apporte déjà un repos bienfaiteur à leur organisme.

Et encore une fois, la seule méthode pour savoir si son Pantherophis guttatus ou non, est l’observation. Cherchez et enregistrez des photos de spécimens sauvages afin d’avoir un autre référentiel que les spécimens captifs, apprenez à comparer leur morphologie à votre animal, et adaptez le nourrissage pour l’en approcher. Rappelez-vous que les serpents des blés peuvent vivre 15 ans en captivité. Pourtant, peu de spécimens atteignent cet âge.

J’espère que ce résumé vous aura donné envie d’observer différemment votre Gutt et peut-être d’ajuster son nourrissage ou simplement davantage étudier le sujet 😉

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